Partager sa borne de recharge avec d’autres conducteurs de véhicules électriques est devenu simple à mettre en place, grâce aux applications de mise en relation et aux bornes connectées. L’idée séduit : rentabiliser un équipement qui reste inutilisé une grande partie de la journée. Entre les promesses de revenus et la réalité du taux d’utilisation, l’écart est pourtant important. Ce guide explique le cadre juridique, les deux modèles possibles, un calcul chiffré et sourcé, l’effet d’une production solaire, la fiscalité et les obligations d’un point de recharge ouvert au public. Il distingue le particulier, pour qui le revenu reste un appoint, du professionnel qui accueille du public à Marseille, Aix-en-Provence ou ailleurs en PACA, pour qui le modèle peut avoir un vrai sens.
Une précision de vocabulaire : on parle ici de louer l’accès à sa borne à d’autres conducteurs, et non de louer une borne en abonnement plutôt que de l’acheter.

Est-ce légal de partager sa borne de recharge ?
En France, vendre de l’électricité à un consommateur final suppose normalement une autorisation de fourniture. La loi d’orientation des mobilités (LOM) a apporté une clarification importante, aujourd’hui inscrite à l’article L.334-4 du Code de l’énergie : un opérateur de recharge qui achète toute son électricité auprès de fournisseurs autorisés n’exerce pas une activité d’achat pour revente, mais une prestation de service. Concrètement, on ne vend pas des kilowattheures, on vend un service de recharge.
Cette règle a toutefois des limites qu’il faut connaître. Dans son avis sur le projet de loi, le Conseil d’État a souligné que la qualification vise l’activité des opérateurs de recharge, pas la recharge en général. Le cabinet CMS Francis Lefebvre s’interroge de son côté sur la situation des intermédiaires placés entre l’opérateur et l’utilisateur. Le cas précis du particulier qui partage sa borne via une application n’est donc pas tranché expressément par les textes. En pratique, des fournisseurs comme Engie indiquent qu’aucun statut n’est requis tant que les revenus restent modestes : c’est une lecture d’acteur du marché, pas une position officielle. Le cadre complet des obligations IRVE est détaillé dans notre guide Loi LOM et IRVE : quelles sont vos obligations en 2026 ?.
Deux modèles : le partage entre particuliers et la borne semi-publique
Le partage entre particuliers via une application
Le premier modèle repose sur une application qui met en relation un hôte et un conducteur : réservation d’un créneau, paiement intégré, commission prélevée par la plateforme. L’application Plug Inn, lancée par Renault, est toujours active (mise à jour de juillet 2026). Selon son centre d’aide, l’hôte fixe librement un tarif horaire entre 0,50 € et 100 €, avec 4,50 € de l’heure proposé par défaut. Sur ce prix, 70 % reviennent à l’hôte, électricité comprise, et 30 % à la plateforme au titre des frais de service. La plateforme précise elle-même que ses recommandations de prix ne garantissent aucune rentabilité, celle-ci dépendant de la fréquentation.
D’autres services existent, comme Recharge Plus, qui suggère par exemple 2,20 € de l’heure pour une borne de 7,4 kW (tarifs rapportés par IZI by EDF en 2026). Dans ce modèle, la facturation se fait le plus souvent à l’heure, et l’accès est réservé aux membres inscrits sur l’application.
La borne semi-publique professionnelle
Le second modèle concerne les professionnels qui accueillent du public : gîtes, hôtels, commerces, sites touristiques, parkings de copropriété. Il repose sur une borne connectée compatible OCPP, reliée à une plateforme de supervision qui gère la tarification, le paiement, l’identification des usagers et l’itinérance avec les réseaux de recharge. Le comptage permet alors de facturer au kilowattheure plutôt qu’au temps. Le fonctionnement de ces plateformes est expliqué dans notre guide Supervision des bornes de recharge : le guide 2026 pour la copropriété et l’entreprise. Dès que la borne est ouverte à tout usager, sans inscription préalable, des obligations réglementaires spécifiques s’appliquent (voir plus bas).
Combien rapporte une borne partagée ? Le calcul honnête
Prenons un cas courant : une borne de 7,4 kW chez un particulier, un véhicule visiteur qui accepte effectivement 7,4 kW, le prix horaire moyen indiqué par Plug Inn pour cette puissance (4 € de l’heure) et l’électricité au tarif réglementé option heures pleines / heures creuses en 6 kVA au 1er août 2026 (0,2142 € TTC le kWh en heures pleines, 0,1589 € en heures creuses).
| Poste | Pour une heure de recharge |
|---|---|
| Prix payé par le conducteur | 4,00 € |
| Frais de service de la plateforme (30 %) | − 1,20 € |
| Revenu brut de l’hôte | 2,80 € |
| Électricité consommée (7,4 kWh en heures pleines) | − 1,59 € |
| Marge par heure en heures pleines | 1,21 € |
| Marge par heure en heures creuses | 1,62 € |
Avec une hypothèse de deux sessions de deux heures par semaine, soit environ 17 heures par mois, la marge atteint environ 21 € par mois, un peu plus de 250 € par an, avant fiscalité, usure de la borne et assurance. Certains contenus évoquent jusqu’à 450 € par mois : avec cette même marge, il faudrait facturer environ 370 heures de recharge par mois, soit plus de 12 heures chaque jour. Pour une borne à domicile, ce niveau d’occupation est hors de portée.
Plusieurs facteurs réduisent encore la marge réelle : le taux d’utilisation, de loin le facteur décisif, qui dépend de l’emplacement et du passage ; la commission de la plateforme ; la puissance réellement acceptée par le véhicule ; une éventuelle hausse de puissance souscrite ; l’usure et l’entretien de l’équipement, détaillés dans notre guide Maintenance d’une borne de recharge IRVE. Le choix de l’offre d’électricité pèse aussi directement sur la marge, comme l’explique notre article Quelle offre d’électricité pour rentabiliser sa borne de recharge ?.
Borne partagée et panneaux solaires : quand la marge change de nature
Depuis l’arrêté du 1er juin 2026, entré en vigueur le 5 juin, le surplus d’une installation photovoltaïque de 100 kWc au plus n’est plus racheté qu’à 1,1 centime d’euro HT par kWh, indexé de 2 % par an, et la prime à l’autoconsommation a été supprimée pour les nouvelles demandes de raccordement. Injecter son surplus sur le réseau ne rapporte donc presque plus rien.
Dans notre exemple, une heure de recharge partagée rapporte à l’hôte 2,80 € pour environ 7,4 kWh, soit près de 0,38 € par kWh : plus de trente fois le tarif de rachat du surplus. Lorsque la recharge est couverte par sa propre production, le coût de l’électricité baisse fortement et la marge change de nature.
Il faut cependant rester réaliste. Une installation résidentielle de 3 à 6 kWc ne fournit pas seule les 7,4 kW d’une borne : le complément vient du réseau, au prix des heures pleines. La production solaire n’existe qu’en journée, quand un visiteur doit justement être présent, ce qui correspond davantage à un gîte, un commerce ou un site touristique qu’à un domicile. Enfin, une recharge pilotée, qui module la puissance selon la production, est indispensable pour en tirer parti. Ces points sont développés dans nos guides Coupler IRVE et panneaux solaires en PACA et Recharge pilotée : réduire sa puissance souscrite et sa facture.
Fiscalité, assurance, obligations et aides : particulier ou professionnel
Fiscalité
Les sommes perçues en partageant sa borne sont des revenus, et non un simple partage de frais. Depuis la directive européenne DAC7, les plateformes de mise en relation transmettent à l’administration fiscale les montants perçus par leurs utilisateurs. La catégorie d’imposition et le régime applicable à ce type de revenu ne font pas l’objet d’une règle spécifique publiée : il est prudent de vérifier sa situation sur impots.gouv.fr ou auprès d’un conseiller. Pour un professionnel, ces sommes constituent des recettes de son activité, soumises à la TVA selon son régime.
Assurance
Avant d’ouvrir sa borne à des tiers, il faut vérifier auprès de son assureur que la responsabilité civile et le contrat habitation couvrent l’accès d’inconnus à la propriété, l’usage de l’équipement par un tiers et les éventuels dommages à un véhicule.
Obligations d’un point de recharge ouvert au public
Le règlement européen AFIR (règlement UE 2023/1804) s’applique directement en France. Il impose qu’un point ouvert au public permette un paiement ponctuel sans abonnement. Pour les points de moins de 50 kW, un dispositif connecté à internet permettant un paiement sécurisé, par exemple via un QR code, est admis ; à partir de 50 kW, un lecteur de carte bancaire ou un terminal sans contact est exigé. Le prix doit être clairement affiché avant la recharge, et des travaux parlementaires en cours visent à renforcer cette transparence en euros par kWh. L’installation d’une borne de plus de 3,7 kW doit être réalisée par un professionnel qualifié IRVE, comme le détaille notre guide Certification IRVE P1, P2, P3 : comment choisir son installateur ?.
Aides : ce qui existe vraiment en 2026
Les aides ADVENIR ne financent plus les bornes ouvertes au public installées sur le parking privé d’une entreprise ou d’un commerce (véhicules légers). Les primes « flottes et salariés », « ouvert au public sur parking privé » ainsi que celle dédiée aux professionnels des services de l’automobile sont désormais fermées. Le programme — prolongé jusqu’au 31 décembre 2027 — reste en revanche actif en copropriété, y compris pour les solutions de recharge partagées, ainsi que pour les poids lourds et la voirie publique (consulter les montants au 1er avril 2026 sur la page officielle ADVENIR). Les conséquences pour les hôtels et restaurants sont détaillées dans notre article Hôtellerie-restauration et ADVENIR en 2026.
En copropriété, la « solution partagée » d’ADVENIR, qui concerne une recharge mutualisée entre résidents et non ouverte au public, reste financée à 50 % dans la limite de 1 660 € HT par point (voir notre guide Prime ADVENIR copropriété 2026).
En PACA, le dispositif régional « 1 000 Bornes » de la Région Sud, dont la fiche a été mise à jour le 18 mai 2026, vise les hébergements touristiques (hôtels, campings, chambres d’hôtes, gîtes, centres de vacances), les sites de visite, les offices de tourisme et les centres de congrès, pour des bornes interopérables et pilotables à distance. Lors de son lancement, l’aide a été annoncée jusqu’à 3 000 € par projet : le montant est à confirmer auprès de la Région. Les restaurants et commerces ne figurent pas dans la liste des bénéficiaires. Dans les Bouches-du-Rhône, un gîte de Vauvenargues équipé dans ce cadre refacture la recharge à prix coûtant à ses clients : pour un hébergeur, la borne partagée est d’abord un service, avant d’être une source de revenu. Le détail des aides régionales figure dans notre guide Aides pour les bornes IRVE en région PACA.
Questions fréquentes sur le partage de borne de recharge
Conclusion : un appoint pour le particulier, un service pour le professionnel
Partager sa borne de recharge est légal dans son principe, mais rarement rentable à domicile : sans fréquentation régulière, le revenu reste de quelques dizaines d’euros par mois. Le modèle prend tout son sens pour un professionnel qui reçoit du public, et davantage encore lorsque la borne valorise une production solaire que le réseau ne rachète presque plus. À Marseille, Aix-en-Provence et dans le reste de la région, la première étape reste une étude de faisabilité : puissance disponible, choix d’une borne connectée, mode de paiement, couplage photovoltaïque. Vous pouvez faire évaluer la faisabilité et la rentabilité d’une borne partagée par un installateur qualifié IRVE avant tout investissement.






